Le changement de sexe en République islamique d'Iran — analyse complète

Comment cela est devenu possible, ce que dit le droit islamique et les statistiques des opérations.

Sommaire
Le changement de sexe en République islamique d'Iran — analyse complète

Cet article examine pourquoi les opérations de changement de sexe ont reçu une justification religieuse en République islamique d’Iran. Il retrace également l’histoire de Maryam Molkara, une personne qui a joué un rôle notable dans la reconnaissance officielle des personnes transgenres.

L’article explore ensuite le fonctionnement concret de ce système : ce que la charia et le fiqh disent du changement de sexe, les questions qui divisent les juristes islamiques et la manière dont les lois étatiques décrivent et encadrent la procédure. Enfin, il s’intéresse aux conditions de vie des personnes trans en Iran : les étapes habituelles de la transition et ce que l’on sait du nombre de ces opérations.

Terminologie en farsi : comment on parle des personnes trans en Iran

En persan, le mot « jens » (جنس) signifie le plus souvent « sexe » au sens de la distinction entre femme et homme. Il donne l’adjectif « jensi » (جنسی) — « sexuel ». Le mot « jensiyat » (جنسیت) se traduit généralement par « genre », bien qu’il puisse aussi désigner le désir et l’attirance, de sorte que son sens recoupe partiellement celui de « sexualité ».

Le terme « tarajensi » (تراجنسی) est apparu assez récemment. Il désigne le « transsexuel ». Le préfixe « tara- » correspond à « trans- », et sa combinaison avec « jensi » donne le sens de « transsexuel ». Dans la langue courante, ce mot renvoie le plus souvent à une personne orientée vers la correction chirurgicale du sexe.

Il existe aussi une autre variante — « tarajensiyati » (تراجنسیتی). Par son sens, elle se rapproche davantage du mot « transgenre » et est perçue de manière plus large. De nombreuses personnes transsexuelles en Iran considèrent la transsexualité comme une composante d’une identité transgenre plus vaste.

Dans la langue parlée, on emploie aussi fréquemment l’emprunt à l’anglais « trans » (ترنس).

Comment les opérations sont apparues en Iran : des années 1930 à la révolution de 1979

Les opérations de changement de sexe étaient pratiquées en Iran dès les années 1930, bien avant la révolution de 1979. L’un des premiers praticiens associés à cette pratique est le médecin Khalatbari. On lui attribue la première opération de ce type dans le pays : sa patiente était une jeune femme de 18 ans nommée Kobra, qui avait demandé l’ablation de ses organes génitaux masculins.

Parallèlement, les juristes islamiques discutaient du sujet. Au départ, la discussion portait principalement sur les personnes intersexes. Dans le contexte iranien, on utilisait notamment les notions de « do-jensi », c’est-à-dire « deux sexes », et de « khuntha » — un terme du droit islamique désignant les personnes dont les caractéristiques sexuelles sont ambiguës.

Au cours des mêmes décennies, le futur ayatollah Rouhollah Khomeini — à ne pas confondre avec l’ayatollah Ali Khamenei, assassiné en 2026 — devenait l’une des figures clés de l’opposition au régime Pahlavi. Dans les années 1940, il était déjà un dignitaire religieux influent, et en 1979, il mena la Révolution islamique.

Pendant son exil en Turquie, Khomeini entreprit en 1964 un commentaire du livre « Wasilat al-Najat », en y ajoutant ses propres positions. Cela donna naissance à un recueil distinct d’épîtres juridiques — le « Tahrir al-Wasilah ». L’ouvrage fut achevé et publié en arabe au plus tard en 1967.

Dans le « Tahrir al-Wasilah », Khomeini autorisa le changement de sexe pour les khuntha (tome 2, p. 627). Sa fatwa est ainsi formulée :

Il semble que l’opération de changement de sexe pour passer du sexe masculin au sexe féminin ne soit pas interdite (haram) [en islam], et inversement, et qu’il ne soit pas non plus interdit à un khuntha (hermaphrodite/intersexe) de la subir afin d’être assigné à l’un des sexes [féminin ou masculin] ; et [si l’on demande] si une femme/un homme est obligé(e) de subir une opération de changement de sexe si la femme découvre en elle des désirs [sensuels] semblables à ceux des hommes, ou certains signes de masculinité — ou si un homme découvre en lui des désirs [sensuels] semblables à ceux du sexe opposé, ou certains signes de féminité ? Il semble que [dans un tel cas], si la personne appartient réellement [physiquement] à un [certain] sexe, l’opération de changement de sexe n’est pas obligatoire, mais la personne a néanmoins le droit de changer de sexe pour adopter le sexe opposé.

Cette fatwa concernait les khuntha et non les personnes trans. En 1976, avant la révolution, le Conseil médical d’Iran avait décidé que les opérations de changement de sexe n’étaient admissibles que dans les cas de variations intersexes. Après la révolution, cette position fut globalement maintenue.

Maryam Molkara et la fatwa de Khomeini

En 1986, après la révolution, Khomeini confirma l’admissibilité du changement de sexe sous réserve d’un certificat médical pour les khuntha et émit une autre fatwa — cette fois en persan et s’appliquant aux personnes trans.

Le tournant fut l’histoire de Maryam Molkara, à qui le sexe masculin avait été assigné à la naissance.

Avant la révolution, Maryam — portant alors le prénom masculin Fereydoun — travaillait à la télévision iranienne. Elle portait des vêtements féminins et un jour, elle se rendit dans une émission chez un psychologue pour raconter son parcours. Selon ses propres mots, elle se sentait fille depuis l’enfance : elle jouait à la poupée, essayait des vêtements féminins et priait Dieu de la libérer de son corps masculin. Le psychologue expliqua qu’il ne s’agissait pas d’homosexualité mais de transgendérisme et proposa une opération de changement de sexe.

En tant que personne croyante, Maryam s’adressa à l’ayatollah Behbahani, l’une des autorités spirituelles notables de Téhéran. Celui-ci lui conseilla d’écrire à Khomeini. La réponse fut négative : selon Khomeini, le changement de sexe n’était autorisé que pour les khuntha. À la même époque, Maryam tenta aussi de s’adresser à Farah Pahlavi, l’ancienne reine d’Iran, mais n’obtint aucune aide.

Après la révolution, selon Maryam, on l’obligea à renoncer aux vêtements féminins, on lui administra des hormones pour qu’elle ait l’air « masculin » et elle fut licenciée. Pendant la guerre Iran-Irak, elle travailla volontairement comme infirmière près du front.

Plus tard, Maryam s’adressa à Ahmad Jannati, l’un des conservateurs influents du nouveau régime. Elle lui exposa sa situation et demanda de la tolérance envers les personnes transgenres. Il lui conseilla à nouveau d’écrire à Khomeini. La deuxième lettre resta elle aussi sans résultat. Maryam décida alors que son cas n’avait tout simplement pas été compris et tenta de tout expliquer en personne : elle était une femme transgenre « enfermée » dans un corps masculin.

Il lui fallut huit ans pour obtenir une audience. Elle se présenta en costume masculin, une copie du Coran à la main, ses chaussures accrochées autour du cou. Les gardes se jetèrent sur elle et la frappèrent. Le frère de Khomeini vit la scène : il les arrêta et conduisit Maryam dans le salon de la demeure de l’ayatollah.

Khomeini écouta Maryam, puis consulta trois médecins et, au bout d’une demi-heure environ, prononça sa fatwa. Elle stipulait que Maryam et les autres musulmans transsexuels étaient autorisés à subir une opération de changement de sexe. Lorsqu’elle lui demanda si cela était admissible du point de vue de l’islam, il répondit :

Il n’existe aucun obstacle islamique à l’opération de changement de sexe si elle est approuvée par un médecin fiable.

Aussitôt après, on offrit à Maryam un tchador (voile féminin) et on l’aida à le revêtir, alors même que l’opération n’avait pas encore été réalisée.

La fatwa de 1986 était formulée ainsi :

Au nom de Dieu. L’opération de changement de sexe n’est pas interdite par la charia si elle est recommandée par des médecins fiables. Inchallah, vous serez en sécurité, et j’espère que les personnes que vous avez mentionnées prendront soin de votre situation.

Maryam elle-même ne put se faire opérer qu’en 1997. Sa persévérance changea considérablement la situation des personnes transgenres en Iran et contribua à faire du pays l’un des plus connus au monde pour le nombre de ces opérations. Elle créa par la suite une organisation qui conseillait et aidait les personnes transgenres. En 2012, Maryam mourut d’une crise cardiaque. Elle avait environ soixante ans.

Ce que le droit islamique dit du changement de sexe

La charia, c’est-à-dire le droit islamique, repose sur le Coran, la Sunna, le consensus des savants et le raisonnement. Mais ces fondements ne forment pas à eux seuls un corpus de normes achevé et immuable. Les normes naissent de l’interprétation, de l’application et de la pratique juridique. C’est pourquoi le droit islamique s’est historiquement construit à partir de la lecture des sources et de décisions juridiques concrètes.

Après la mort du prophète Mahomet, l’autorité religieuse passa progressivement aux savants. Ils répondaient à des questions qui, du vivant du Prophète, étaient tranchées autrement. Ainsi se constitua le fiqh — la jurisprudence islamique — qui transforme les prescriptions religieuses en normes de la vie juridique. Dans ce système, le juriste tire ses décisions des sources par l’ijtihad, c’est-à-dire le raisonnement juridique indépendant.

Dans la tradition chiite, un grand ayatollah émet, par le biais du fiqh, des avis obligatoires pour ses fidèles — les fatwas. En Iran, la fatwa a aussi une portée juridique. L’article 167 de la Constitution prévoit qu’en l’absence de disposition pertinente dans la législation laïque, le juge doit se tourner vers les sources islamiques et les fatwas faisant autorité.

La transsexualité n’est pas abordée dans les sources islamiques classiques, et avant Khomeini, il n’existait pas de fatwas spécifiques sur le changement de sexe pour les personnes trans. Les juristes ont donc dû élaborer de nouvelles positions. C’est précisément ce que fit Khomeini. Mais sa fatwa autorise l’opération sans pour autant établir un statut juridique complet pour les personnes trans.

Parmi les juristes islamiques, il n’y a pas d’unanimité sur cette question. Ils lisent les sources différemment et s’appuient sur des arguments distincts. En Iran, de nombreux savants s’opposent à de telles opérations, mais c’est la fatwa de Khomeini qui est restée la référence principale et pratiquement déterminante.

Ainsi, l’ayatollah Seyyed Yousef Madani Tabrizi, dans un traité de 1989, qualifia les opérations de changement de sexe d’illicites et de non autorisées au regard de la charia. Il avançait deux arguments. Premièrement : l’être humain ne doit pas modifier la création de Dieu. Deuxièmement : endommager des organes vitaux est inadmissible et dépasse les limites du savoir humain.

L’ayatollah Seyyed Mohammad Mousavi Bojnourdi estimait, au contraire, que le changement de sexe ne constitue pas une atteinte à la création de Dieu. Sinon, il faudrait également interdire des actes ordinaires, puisque les êtres humains modifient constamment le monde qui les entoure. Selon lui, l’opération ne touche pas l’essence humaine mais ne change que des caractéristiques extérieures. À l’appui de cette position, il invoquait aussi la règle de la permissibilité dans le fiqh : si aucune interdiction directe ne figure dans le Coran ou les hadiths, l’acte est considéré comme autorisé, c’est-à-dire halal.

Un argument supplémentaire de Bojnourdi découlait du principe de taslit — le droit de la personne de disposer de ses biens et de son propre corps. Si une personne a autorité sur elle-même, elle peut faire à elle-même ce qui est en principe autorisé. Il en concluait que le changement de sexe relève des actes permis.

Le hodjatoleslam Mohammad Mehdi Kariminia, souvent décrit comme le religieux le plus bienveillant envers les personnes trans en Iran, travaille sur ce sujet depuis de nombreuses années. Il considère que ces personnes ne présentent pas de pathologie corporelle mais souffrent de graves tourments psychologiques, et voit donc l’opération comme un traitement médical. Il lie l’autorisation à deux conditions : il doit exister une nécessité extrême pour le musulman, et cette nécessité doit être réelle et non inventée. En même temps, si les personnes transsexuelles peuvent vivre sans commettre d’actes considérés comme péchés, l’opération et les modifications corporelles ne leur sont pas imposées.

Dans la pratique, un mécanisme unifié d’application de la fatwa de Khomeini à l’échelle du pays n’a jamais été mis en place. À Téhéran, les juges sont nettement plus ouverts, et la procédure y est le plus souvent menée sans obstacles majeurs. Dans des villes comme Ardabil, la fatwa peut ne pas être perçue comme contraignante, de sorte que de nombreuses personnes sont obligées de se rendre dans la capitale. C’est pourquoi, dans certaines régions d’Iran, de telles opérations ne sont pratiquement pas réalisées.

Comment l’État encadre le changement de sexe

La fatwa religieuse de Khomeini n’est jamais devenue une véritable norme de droit. Dans l’ensemble, la législation iranienne ne définit guère ni le statut juridique des opérations de changement de sexe, ni la transsexualité en tant que catégorie juridique autonome. Les exceptions concernent principalement les procédures pratiques de la transition et la réglementation administrative, avant tout dans le système du service militaire obligatoire.

Les personnes transsexuelles sont exemptées du service militaire. Un amendement de 2001 au Règlement sur le service militaire relatif aux exemptions médicales stipulait : « les troubles du comportement (déséquilibre psychologique) et les mauvais tempéraments sont inacceptables selon les principes militaires. Cela inclut les déviances morales et sexuelles, telles que le “transsexualisme”, ce qui entraîne une exemption permanente du service militaire. » Ici, l’État emploie le terme « transsexualité » comme une catégorie médicale et non juridique.

En 2007, le ministère de la Santé iranien exigea que les organes de conscription remplacent la formulation « problème psychologique » par « trouble endocrinien ». Par la suite, un amendement à la loi sur le service militaire de 2011 exempta les personnes trans sur la base d’un « trouble endocrinien ». Cependant, selon les enquêtes, cette disposition n’a en pratique jamais été appliquée : les personnes trans continuent de recevoir des cartes d’exemption portant la mention d’un trouble psychologique.

D’autres actes juridiques n’abordent le changement de sexe que de manière procédurale. Un amendement de 1985 à la loi sur l’état civil, article 20, paragraphe 14, dispose : « une personne ayant changé de sexe peut légalement modifier son nom et son sexe dans l’acte de naissance par décision judiciaire ». Un amendement de 2011 au projet de loi sur le droit de la famille, article 4, paragraphe 18, établit : « le tribunal de la famille est habilité en tant qu’organe judiciaire à examiner les questions liées au changement de sexe ».

Ces deux dispositions reconnaissent le fait du changement de sexe mais ne décrivent pas le statut juridique des personnes transsexuelles et ne consacrent pas leurs droits comme un objet de réglementation distinct. La loi ne définit guère la situation des personnes trans ni avant ni après l’opération. La garde des enfants, l’héritage, la reproduction et d’autres questions essentielles restent en dehors du cadre juridique. Cela tient en partie au fait que le droit ne définit pas la transsexualité : toute tentative en ce sens pourrait remettre en question les prémisses fondamentales du système juridique hétéronormatif.

En conséquence, le droit iranien traite largement la transsexualité comme une question de classification médicale et d’enregistrement administratif, et non comme un objet autonome de réglementation juridique.

La situation des personnes trans en Iran

De nombreuses personnes transsexuelles iraniennes refusent l’idée qu’elles seraient « malades » et n’acceptent pas la notion de trouble médical inné. En même temps, elles ne contestent généralement pas la logique de la médicalisation, car c’est le seul mécanisme fonctionnel de reconnaissance par le droit, la famille et la société.

Dans ce système, les chirurgiens jouent un rôle important. Lorsqu’ils discutent de la possibilité d’une opération avec les proches, ils s’appuient non pas sur des arguments religieux, mais sur des arguments médicaux. C’est précisément ce type de raisonnement qui parvient souvent à convaincre les familles d’accepter l’opération pour leurs enfants adultes.

La situation des personnes trans en Iran reste néanmoins difficile. Les opérations sont coûteuses, même si l’État en prend partiellement en charge le coût, et les familles refusent souvent d’aider. Après l’opération, les gens perdent leur emploi, vivent dans la misère et se retrouvent sans logement. Certains sont de fait poussés vers le travail du sexe pour de maigres sommes, en particulier les femmes transsexuelles.

Beaucoup s’efforcent de taire le fait qu’ils sont trans ou qu’ils ont subi un changement de sexe. Après la révélation, disent-ils, l’entourage réagit soit par la peur, soit par des violences sexuelles. Le système juridique ne reconnaît pas la transsexualité comme une catégorie autonome et ne protège quasiment pas les droits de ces personnes. Cela ancre leur position marginale et subordonnée dans la société.

Au sein de la communauté elle-même, des hiérarchies se forment. L’expression « vrai trans » est répandue parmi les hommes trans : ils l’utilisent pour désigner ceux qui, à leurs yeux, ont incarné l’identité trans sous la forme « correcte ».

D’après les entretiens avec des personnes trans, la société iranienne — y compris une partie des hommes trans — véhicule l’idée que les femmes trans ne sont « pas vraies ». On les assimile, par exemple, à des hommes homosexuels et on leur attribue une inclination à la prostitution.

L’ordre patriarcal des rapports de genre, soutenu par le droit et les pratiques quotidiennes, crée une situation dans laquelle les personnes trans peuvent utiliser l’homophobie comme moyen de distanciation et de légitimation de leur propre statut. Ce faisant, elles reproduisent le sexisme et renforcent les normes patriarcales. C’est pourquoi une partie des hommes trans affiche une attitude négative envers les personnes homosexuelles et qualifie l’homosexualité de maladie mentale.

Le déroulement de la procédure de changement de sexe

En Iran, la transsexualité est décrite à travers le diagnostic de « trouble de l’identité de genre ». On entend par là un état dans lequel une personne n’accepte pas son genre et ressent de la répulsion envers sa propre structure physiologique. Pour ces cas, on emploie aussi la notion de dysphorie de genre : il s’agit d’une personne qui n’accepte pas son genre et ne s’inscrit pas dans les rôles assignés sur la base du sexe biologique.

Si l’aide non chirurgicale est jugée insuffisante, on propose l’opération comme « traitement ». L’Iran est composé de 31 provinces, et les questions juridiques et médicales liées à la dysphorie de genre peuvent être traitées dans chacune d’elles. En 2010, l’Organisation de médecine légale d’Iran (LMO) a élaboré un protocole diagnostique obligatoire pour toutes les cliniques. Depuis lors, toute personne atteinte de dysphorie de genre doit suivre la procédure prescrite avant de pouvoir bénéficier d’un traitement.

Cette procédure comprend plus de dix séances d’observation psychiatrique. À ce stade, la personne est autorisée à porter des vêtements traditionnellement associés à l’autre sexe. Si les spécialistes confirment le diagnostic, le tribunal administratif rattaché au ministère de la Justice délivre un certificat pour l’opération de changement de sexe. Après l’opération, la personne peut saisir le tribunal de la famille pour modifier légalement son nom et son genre.

Si les psychiatres diagnostiquent chez le demandeur une homosexualité, celui-ci est considéré comme atteint de maladie mentale et orienté vers un autre service pour une psychothérapie supplémentaire.

Même un diagnostic confirmé ne suffit pas pour qu’une personne soit reconnue comme candidate appropriée à l’opération. Outre le bilan médical, il faut avoir atteint la majorité, suivi 12 mois de thérapie hormonale et vécu dans le rôle du genre opposé pendant un an.

Par ailleurs, selon la fatwa de l’ayatollah, une personne ayant reçu le diagnostic et le certificat peut vivre comme une personne trans sans opération, à condition de ne pas commettre d’« actes pécheurs ». Cela désigne les relations homosexuelles, qui sont pénalisées par la loi. Par exemple, un homme trans avant l’opération ne peut pas avoir de rapports sexuels avec une personne ayant un corps de sexe féminin. Il est également important de noter que la définition juridique du sexe en Iran repose sur les organes génitaux.

Ce que l’on sait du nombre d’opérations

Les données disponibles indiquent un nombre significatif de personnes transgenres en Iran, mais les estimations précises varient considérablement selon les sources. Selon l’agence ISNA, depuis 1987, 2 054 personnes transgenres ont été enregistrées dans le système de l’Organisation de médecine légale d’Iran (LMO). En 2013, le directeur adjoint de la branche de Téhéran de la LMO faisait état d’environ 60 nouveaux cas par an ; environ 40 d’entre eux obtenaient chaque année l’autorisation d’être opérés.

Des études indépendantes donnent des chiffres comparables. Une étude de 2022 a analysé les dossiers de la LMO pour la période 2012-2017. Les auteurs ont identifié 839 demandes, soit une moyenne d’environ 168 cas par an dans l’ensemble du pays. Dans le cadre de ces calculs, la prévalence de la dysphorie de genre a été estimée à 1,46 pour 100 000 habitants.

Prévalence par province iranienne des personnes diagnostiquées avec une dysphorie de genre ayant consulté l’Organisation de médecine légale (LMO) pour obtenir l’autorisation de changement de sexe. Les points indiquent les bureaux de la LMO.
Prévalence par province iranienne des personnes diagnostiquées avec une dysphorie de genre ayant consulté l’Organisation de médecine légale (LMO) pour obtenir l’autorisation de changement de sexe. Les points indiquent les bureaux de la LMO.

Les demandes couvraient une grande partie du pays. Entre 2012 et 2017, au moins un cas de dysphorie de genre a été enregistré dans 25 des 31 provinces. Téhéran représentait 32,4 % des demandes, suivi du Grand Khorassan avec 13 %, du Fars avec 12,2 % et d’Ispahan avec 8,6 %.

Dans l’échantillon 2012-2017, les transitions femme→homme représentaient environ 67 %, et les transitions homme→femme 33 %. Autrement dit, les cas femme→homme étaient enregistrés environ deux fois plus souvent. Les chercheurs notent que cette répartition diffère du schéma décrit pour de nombreux pays occidentaux. Un ratio similaire est observable dans un échantillon antérieur de la province de Fars : parmi 44 personnes sur la période 2005-2010, 59 % correspondaient à des transitions femme→homme et 41 % à des transitions homme→femme.

Ce ratio cadre difficilement avec l’affirmation selon laquelle les hommes homosexuels en Iran seraient massivement poussés vers des opérations de changement de sexe. Si une telle pratique était réellement répandue, la proportion de transitions homme→femme devrait être nettement plus élevée. Dans ce cas, un groupe significatif d’hommes homosexuels ayant subi une correction chirurgicale du sexe s’ajouterait au nombre de personnes atteintes de dysphorie de genre assignées homme à la naissance.

Les chercheurs attribuent cette répartition à la structure du système patriarcal de genre. La perte du rôle masculin y entraîne un coût social plus élevé que le renoncement au rôle féminin. La féminité masculine est plus fortement stigmatisée et perçue comme une honte particulière. Le rejet de la position masculine prescrite est interprété comme une atteinte au statut. Cela accroît les risques sociaux pour les femmes trans et rend leur situation plus vulnérable. De surcroît, les femmes trans sont systématiquement assimilées à l’homosexualité et à la prostitution. Ces étiquettes renforcent la stigmatisation et rendent la transition homme→femme socialement plus dangereuse.

La transition femme→homme, en revanche, paraît plus compréhensible dans le cadre hétéronormatif. Les hommes trans sont plus souvent décrits comme des personnes aspirant à fonder une famille, à travailler et à la stabilité, plutôt que comme une menace pour la morale publique. Malgré la stigmatisation persistante, cette image se concilie plus facilement avec les rôles sociaux attendus.

Ces dernières années, une augmentation du nombre d’opérations a également été signalée, en lien avec le tourisme médical. Dans une évaluation du ministère de l’Intérieur du Royaume-Uni de 2022, il est indiqué qu’environ 4 000 opérations de changement de sexe sont réalisées en Iran chaque année ; pour cette raison, le pays est souvent qualifié de deuxième au monde en volume de telles opérations, après la Thaïlande. Une estimation similaire avait été publiée auparavant par The Guardian, qui plaçait également l’Iran au deuxième rang mondial en nombre d’opérations.

Références et sources
  • Saeidzadeh, Z. “Transsexuality in Contemporary Iran: Legal and Social Misrecognition.” Feminist Legal Studies. 2016.
  • Talaei, A., et al. “The Epidemiology of Gender Dysphoria in Iran: The First Nationwide Study.” Archives of Sexual Behavior. 2022.
  • Alipour, M. “A Case Study of Ayatollah Khomeini’s and Sheikh Tantawi’s Fatwas on Sex-Reassignment Surgery.” Islamic Studies. 2017.
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