Porto Rico interdit aux personnes transgenres d'utiliser les toilettes publiques

Fin février, la gouverneure de Porto Rico, Jenniffer González-Colón, a signé le projet de loi HB 165. Celui-ci interdit aux personnes transgenres d’utiliser les toilettes publiques qui ne correspondent pas à leur sexe assigné à la naissance. Les contrevenants s’exposent à des amendes pouvant aller jusqu’à 15 000 dollars.

L’interdiction s’applique à tous les bâtiments gouvernementaux, y compris l’Université de Porto Rico. Le document rend obligatoire l’installation de toilettes collectives non mixtes et interdit explicitement la création de toilettes neutres dans les institutions de l’État.

Selon la journaliste indépendante Alexandra Vaca, le projet de loi a été adopté par 37 voix à la Chambre des représentants et 21 au Sénat. Onze et cinq législateurs ont voté contre, respectivement. Un communiqué de presse du gouvernement souligne que la nouvelle réglementation est conforme au décret 14168 du président américain Donald Trump.

Les auteurs de la loi justifient cette interdiction par la nécessité de protéger les femmes. Le texte affirme que les partisans des toilettes neutres passent sous silence les cas où des hommes se faisant passer pour des femmes entrent dans les toilettes féminines pour commettre des agressions. À titre d’argument, la loi cite les témoignages de nageuses de l’Université de Pennsylvanie. Elles s’étaient plaintes du comportement de l’athlète transgenre Lia Thomas au cours de la saison 2021-2022. Lia Thomas n’a jamais été accusée d’agression sexuelle. Par ailleurs, la loi s’appuie sur des articles de médias d’extrême droite concernant des agressions dans des écoles.

Les études présentent une réalité statistique différente. Selon une étude de l’Institut Williams publiée en février 2025, les personnes transgenres sont touchées de manière disproportionnée par le harcèlement lorsqu’elles sont contraintes d’utiliser les toilettes correspondant à leur sexe assigné à la naissance. En 2021, ce même institut a révélé que les personnes transgenres ont quatre fois plus de risques d’être victimes de crimes violents que les personnes cisgenres. Le groupe de défense britannique TransLucent a analysé les plaintes concernant les femmes trans dans les toilettes pour femmes entre 2022 et 2024, concluant que de tels cas sont extrêmement rares.

Le gouvernement prévoit d’affecter les amendes perçues au Centre d’aide aux victimes de viol (CAVV).

Porto Rico est devenu le premier territoire américain à adopter une telle interdiction. L’année dernière, González-Colón a signé une autre loi restrictive interdisant les soins médicaux d’affirmation de genre pour les personnes transgenres de moins de 21 ans, avec une peine pouvant aller jusqu’à 15 ans de prison en cas de violation.

L’événement est passé presque inaperçu dans les grands médias. Alexandra Vaca attribue cela au fait que, le jour même de la signature de la loi, le Kansas a commencé à invalider les permis de conduire des personnes transgenres.