Dans l'enclave espagnole de Ceuta, environ 70 % des demandeurs d'asile marocains se déclarent homosexuels

À la mi-octobre 2026, dans la ville autonome et enclave espagnole de Ceuta, sur la côte nord-africaine, la police nationale espagnole a constaté une mutation marquée du profil des demandes de protection internationale : environ 70 % des demandeurs d’asile originaires du Maroc voisin invoquent désormais leur appartenance à la communauté LGBT et la crainte de poursuites pénales liées à l’homosexualité comme motif principal de leur démarche.
Selon une enquête du quotidien espagnol ABC, ce basculement s’est opéré quelques semaines après les passages massifs de frontière survenus fin juillet, lorsque des milliers de personnes sont entrées dans l’enclave. Alors que la quasi-totalité des requérants mettait initialement en avant des difficultés économiques et la recherche d’un emploi, les services d’immigration ont ensuite enregistré une forte hausse des dossiers fondés sur l’orientation sexuelle. Des sources policières et syndicales suggèrent que les requérants bénéficient de conseils juridiques informels et adaptent leur récit, l’article 489 du Code pénal marocain réprimant les actes homosexuels consentis de peines allant de six mois à trois ans d’emprisonnement, ce qui ouvre théoriquement droit au statut de réfugié dans l’Union européenne.
Les autorités espagnoles rappellent toutefois qu’une simple déclaration verbale ne vaut pas octroi automatique de l’asile. Le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a souligné lors d’une conférence de presse à Ceuta que l’Office de l’asile et des réfugiés (OAR) exige des éléments de preuve objectifs, solides et vérifiables attestant d’une menace réelle de persécution dans le pays d’origine. Les forces de l’ordre soumettent les candidats à des entretiens approfondis de plusieurs pages pour évaluer la crédibilité des récits. D’après le Syndicat unifié de police (SUP), sur près de 1 200 demandes enregistrées, les autorités en ont examiné environ 700 à la mi-octobre, avec un taux de rejet pour les ressortissants marocains atteignant 90 à 99 %. Seuls cinq cas de protection internationale accordée spécifiquement pour des motifs liés à l’orientation sexuelle ont été confirmés.
Le rejet d’une demande enclenche une procédure administrative de reconduite à la frontière, mais ne conduit pas à une expulsion immédiate, les demandeurs bénéficiant de voies de recours, notamment devant l’Audience nationale espagnole, bien que seule une infime minorité (environ 0,1 %) saisisse la justice. Si certains déboutés rentrent volontairement au Maroc, la police note que de nombreuses personnes quittent les structures d’hébergement et entrent dans la clandestinité au sein de la ville pour échapper aux arrêtés d’expulsion.
La situation à Ceuta continue de susciter d’intenses controverses politiques en Espagne. En septembre, le chef du gouvernement socialiste espagnol, Pedro Sánchez, réagissant à la pression migratoire estivale, a refusé de qualifier les arrivants d’« envahisseurs » et a insisté sur le fait qu’ils « recherchent une vie meilleure et des opportunités », plaidant pour des investissements dans l’accueil et la coopération avec le Maroc plutôt que pour un recours à la force préconisé par les partis d’opposition de droite, le Parti populaire et Vox. De leur côté, les syndicats policiers s’inquiètent d’éventuels abus de procédure et réclament des renforts spécialisés ainsi qu’une exécution plus rapide des expulsions régulières, rappelant que l’asile doit rester un sanctuaire pour ceux qui sont véritablement persécutés.
Auparavant, Uránia avait rendu compte d’un arrêt du Tribunal administratif fédéral suisse qui s’était également penché sur le seuil juridique de preuve exigé pour caractériser une persécution liée à l’orientation sexuelle.


