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Un jury du Michigan accorde 4 millions de dollars à des directeurs de l'information licenciés pour avoir prôné l'équilibre sur la Marche des fiertés

Panorama urbain de Grand Rapids (Michigan), siège de la chaîne WOOD-TV et lieu du procès fédéral. Photo : [WMrapids / Wikimedia Commons](https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Grand_Rapids,_Michigan_skyline_April_2022.jpg) (CC0)
Panorama urbain de Grand Rapids (Michigan), siège de la chaîne WOOD-TV et lieu du procès fédéral. Photo : [WMrapids / Wikimedia Commons](https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Grand_Rapids,_Michigan_skyline_April_2022.jpg) (CC0)

En octobre 2026, un jury fédéral réuni à Grand Rapids, dans l’État américain du Michigan, a condamné le groupe audiovisuel Nexstar Media Group à verser plus de 4 millions de dollars d’indemnités à deux anciens responsables de la rédaction de sa station affiliée locale WOOD-TV : l’ancien directeur de l’information Stanton Tang et son adjointe Amy Fox. Les deux journalistes avaient été licenciés en juin 2023 à la suite d’une fronde interne provoquée par une consigne recommandant un traitement équilibré des événements du Mois des fiertés LGBT et la prise en compte des sensibilités des téléspectateurs conservateurs.

Selon les informations rapportées par le média américain LGBTQ Nation, le conflit est né d’une note interne rédigée par Tang et transmise par Fox aux reporters et producteurs de WOOD-TV. Le message soulignait que la chaîne recevait des réactions négatives de résidents conservateurs de l’ouest du Michigan, mécontents du nombre de sujets consacrés aux questions LGBT. La direction appelait ses équipes à mesurer la pertinence des sujets et à observer une rigueur journalistique : « Nous savons que l’ouest du Michigan est à bien des égards une région conservatrice. Nous devons reconnaître que certains sujets liés aux questions LGBTQ suscitent la controverse et divisent notre communauté. Même si vous n’êtes pas personnellement d’accord avec une position, les gens ont droit à leurs opinions, et ils font partie de notre public. Si nous couvrons des événements de fierté, nous devons réfléchir à la manière d’équilibrer le sujet et de présenter les deux facettes du débat ».

Cette consigne a suscité une vive opposition au sein de la rédaction. Plusieurs présentateurs, reporters et techniciens ont refusé de l’appliquer, la jugeant discriminatoire. La présentatrice vedette Michelle DeSelms a déclaré publiquement sur les réseaux sociaux qu’exiger la couverture du « point de vue opposé » revenait à imposer aux journalistes d’offrir une tribune aux préjugés. Le document interne a été rapidement transmis au quotidien régional MLive / The Grand Rapids Press, entraînant une vague de critiques contre la chaîne.

Sous la pression des protestations, la direction nationale de Nexstar Media Group a pris ses distances avec les cadres de WOOD-TV. Gary Weitman, vice-président exécutif de la maison-mère texane, a présenté des excuses publiques aux téléspectateurs et à la communauté LGBTQ+, qualifiant la note de contraire aux règles déontologiques et aux valeurs de l’entreprise. Quelques jours plus tard, Tang et Fox étaient révoqués. Dans le même mouvement, l’entreprise a licencié deux producteurs exécutifs, Luke Stier et Madeline Odle, accusés d’avoir divulgué la correspondance interne aux médias.

À la suite de leur renvoi, Tang et Fox ont intenté une action devant la justice fédérale contre Nexstar Media Group. Ils ont soutenu que la direction en avait fait des boucs émissaires pour éteindre la polémique, qu’elle avait violé la loi du Michigan sur le droit des employés à l’information en confirmant leurs sanctions disciplinaires à des médias tiers (dont CNN) sans préavis écrit, et qu’elle les avait exposés publiquement sous un jour trompeur et diffamatoire (false light invasion of privacy) en les assimilant à des opposants hostiles aux personnes homosexuelles.

Le jury fédéral, présidé par le juge fédéral Robert Jonker, a donné entièrement raison aux anciens journalistes sur les chefs d’atteinte à la vie privée et de droit du travail. Amy Fox a obtenu 2,393 millions de dollars (1,8 million pour présentation fallacieuse, 500 000 dollars de dommages exemplaires et 93 000 dollars au titre de la législation du travail) et Stanton Tang 1,683 million de dollars (respectivement 1,29 million, 300 000 et 93 000 dollars). En revanche, le jury a rejeté les prétentions relatives à la diffamation directe. Un porte-parole de Nexstar a déclaré que l’entreprise saluait le rejet de l’accusation de diffamation, mais contestait fermement le reste du verdict et étudiait les voies de recours, notamment l’appel.

WOOD-TV (Canal 8) émet depuis Grand Rapids depuis 1949 en tant que station affiliée au réseau NBC. Sa société mère, Nexstar Media Group, basée au Texas, est le plus grand exploitant de télévisions locales aux États-Unis, avec près de 200 chaînes, le réseau câblé NewsNation et la chaîne The CW.

Ce litige illustre les débats récurrents dans la presse américaine sur les équilibres entre neutralité éditoriale, liberté d’opinion et militantisme sociétal : la justice fédérale est récemment intervenue sur la liberté religieuse et d’expression dans les dispositifs d’adoption, tandis que le Midwest politique est traversé par des divergences sur les discours identitaires au sein des forces démocrates.

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