Actualités Royaume-Uni

Une nouvelle biographie de la poétesse galloise du XVIIe siècle Katherine Philips réhabilite sa place dans le canon lesbien

Le château de Picton dans le Pembrokeshire (pays de Galles), où vécut Katherine Philips et où a été présentée sa nouvelle biographie. Photo : [chris whitehouse / geograph.org.uk / Wikimedia Commons](https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Picton_Castle_-_geograph.org.uk_-_2762631.jpg) (CC BY-SA 2.0)
Le château de Picton dans le Pembrokeshire (pays de Galles), où vécut Katherine Philips et où a été présentée sa nouvelle biographie. Photo : [chris whitehouse / geograph.org.uk / Wikimedia Commons](https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Picton_Castle_-_geograph.org.uk_-_2762631.jpg) (CC BY-SA 2.0)

Au Royaume-Uni, l’historienne galloise Norena Shopland a publié une vaste étude biographique intitulée « Mon amour surpasse tout amour : La vie et l’époque remarquables de la poétesse du XVIIe siècle Katherine Philips » (My Love All Love Excels: The Remarkable Life and Times of 17th-Century Poet, Katherine Philips). L’ouvrage, paru chez la maison d’édition galloise Parthian Books et dont la sortie aux États-Unis est prévue pour le 12 novembre 2026, propose une relecture complète de la vie de Katherine Philips (1632–1664), femme de lettres de l’époque de la Première révolution anglaise, surnommée par ses contemporains « L’incomparable Orinda » et désignée comme « La Sappho galloise ».

Comme le souligne dans le média LGBTQ Nation Rodney Wilson, fondateur du Mois de l’histoire LGBT aux États-Unis, les historiens et critiques littéraires ont, pendant près de trois siècles, systématiquement effacé la dimension homosexuelle de l’œuvre de la poétesse. La tradition académique dominante s’est efforcée de séparer Philips du patronage de Sappho et des amours féminines, réduisant ses vers passionnés adressés à des femmes à de chastes exercices d’amitié chrétienne néoplatonicienne. Tout attachement envers des hommes était interprété comme une preuve irréfutable d’hétérosexualité, tandis que la reconnaissance de ses liens amoureux féminins exigeait des preuves matérielles impossibles à réunir pour le XVIIe siècle.

Les recherches de Norena Shopland révèlent que dès ses années d’internat à Londres, l’existence de Katherine Philips (née Fowler) a été façonnée par des relations profondément intimes avec des jeunes femmes. Dans ses premiers poèmes, elle rejetait sans détours les servitudes du mariage traditionnel, opposant sa liberté d’écriture au fardeau des « maris tempétueux », des « douleurs de l’enfantement » et des « cris d’enfants ». Après le troisième mariage de sa mère veuve avec le fortuné propriétaire terrien gallois Richard Philipps, Katherine s’installa au château de Picton dans le Pembrokeshire. En 1648, elle contracta un mariage de raison avec James Philipps, le veuf de sa demi-sœur défunte. Cette alliance fut marquée par de profondes divergences politiques : son époux soutenait le Parlement puritain, alors que Katherine demeurait une fervente royaliste attachée aux Stuart.

Portrait de Katherine Philips
Gravure représentant Katherine Philips par William Faithorne, vers 1670. Bibliothèque nationale du pays de Galles. Photo : Wikimedia Commons (Domaine public)

Pour rompre son isolement, la poétesse fonda la « Société de l’amitié » (Society of Friendship), un cénacle d’intellectuels du pays de Galles et d’Angleterre échangeant vers et correspondances sous des pseudonymes pastoraux. Elle-même adopta le nom d’Orinda (sans doute en écho à Olinda, personnage de théâtre épris d’une femme travestie en homme). Au centre de son œuvre poétique figurent d’ardents poèmes adressés à ses amies les plus chères, notamment Anne Owen (baptisée Lucasia) et Mary Aubrey (Rosania). Empruntant la tonalité sensuelle et les images de la poésie homoérotique masculine de son temps, Philips composa des textes d’une exceptionnelle intensité, et lors de brouilles amicales, laissa éclater sa peine dans des strophes amères où elle qualifiait ses anciennes compagnes de « ravissantes apostates » et de « meurtrières de l’amour ».

Katherine Philips marqua également l’histoire du théâtre : sa traduction en vers de « La Mort de Pompée » de Pierre Corneille, créée à Dublin en 1663, fut la première pièce écrite par une femme à être montée sur une scène commerciale professionnelle dans les îles britanniques. Elle s’éteignit prématurément à Londres en juin 1664, à l’âge de 32 ans, emportée par la variole. Au début du XXe siècle, la poétesse américaine Louise Imogen Guiney (1861–1920) fut la première à faire entendre sa voix queer oubliée. Bien que Norena Shopland rappelle que le terme moderne de « lesbienne » ne peut être projeté mécaniquement sur le XVIIe siècle, elle affirme que la poésie de Philips trouve un écho émotionnel évident chez les femmes contemporaines et lui assigne une place indiscutable dans le canon littéraire lesbien mondial.

Historienne reconnue du pays de Galles, Norena Shopland est l’autrice de dix ouvrages consacrés au patrimoine gallois. En 2021, elle a conseillé le gouvernement gallois pour valoriser l’histoire des minorités dans les musées et archives, et en 2022, elle a piloté la constitution d’archives numériques de l’histoire LGBTQ+ dans les 22 comtés gallois. Le lancement officiel du livre s’est déroulé à la Bibliothèque nationale du pays de Galles à Aberystwyth ainsi qu’au château de Picton.

La transmission des écrits consacrés aux amours féminines a déjà été mise en lumière par « Uránia » : la poétesse Anne Carson a relié les fragments de Sappho à la poétique contemporaine, les salons parisiens ont été décrits dans l’analyse de « Répétition de la mémoire », et les enjeux de la conservation des textes littéraires ont été approfondis dans l’étude de Stephanie Andrea Allen « Nous devons nous documenter maintenant ».

Contenus similaires

Dernières actualités

Une enquête révèle que Meta a rémunéré des dizaines de comptes anti-LGBT avant les élections américaines Au Colorado, des parents d'élèves contestent l'intégration d'une athlète transgenre dans l'équipe scolaire de volley-ball Floride : Le musée LGBTQ+ Stonewall privé de subventions publiques en raison de la loi anti-DEI de DeSantis