Actualités Roumanie

En Roumanie, un gendarme arrêté pour la première fois pour l'agression d'une touriste transgenre

Véhicules de patrouille de la gendarmerie roumaine à Bucarest. Photo : Kyah117 / Wikimedia Commons (CC BY 4.0)
Véhicules de patrouille de la gendarmerie roumaine à Bucarest. Photo : Kyah117 / Wikimedia Commons (CC BY 4.0)

À Bucarest, le parquet militaire a ouvert des poursuites pénales et placé en garde à vue pendant 24 heures un membre de la gendarmerie roumaine accusé d’abus d’autorité et de violences physiques à l’encontre de Bellehaze, une créatrice de contenu transgenre française âgée de 34 ans. Selon l’association de défense des droits humains ACCEPT, c’est la première fois dans l’histoire moderne de la Roumanie qu’une enquête sur des violences commises par les forces de l’ordre contre une personne LGBT aboutit à la rétention formelle d’un suspect.

D’après un communiqué de l’organisation roumaine de défense des droits humains ACCEPT et les informations de l’agence de presse nationale Agerpres, les faits se sont déroulés dans la nuit du 5 au 6 juin 2026. Le mis en cause est l’adjudant-chef Marian Iancu, rattaché à la direction générale de la gendarmerie de Bucarest. Le parquet militaire près le tribunal militaire de Bucarest lui reproche des violences et abus dans l’exercice de ses fonctions ayant causé deux à trois jours d’incapacité temporaire de travail, ainsi que des insultes, retenant la circonstance aggravante d’un mobile fondé sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre. Le parquet avait requis un placement en détention provisoire, mais le juge militaire a rejeté cette demande et a laissé le suspect en liberté sous contrôle judiciaire.

Selon le témoignage de la victime, venue dans la capitale roumaine pour participer à un événement international, elle s’est réveillée après une soirée dans le centre historique de Bucarest au domicile d’un inconnu sans souvenir des événements, affirmant avoir été droguée et victime d’agression sexuelle. À la suite d’une altercation avec l’occupant des lieux âgé de 74 ans, une patrouille de gendarmerie l’a conduite au commissariat numéro 27 de Bucarest. Bellehaze affirme que, dans l’ascenseur du bâtiment, les forces de l’ordre l’ont jetée au sol, rouée de coups et abreuvée d’injures transphobes. Sa plainte pour agression sexuelle contre le propriétaire de l’appartement fait l’objet d’une procédure distincte instruite par le parquet du 3e secteur de Bucarest.

La police de Bucarest a précisé qu’une enquête interne avait conclu à l’absence de violences commises par des fonctionnaires de police dans les locaux, rappelant que l’escorte était assurée par des gendarmes. De son côté, la gendarmerie de Bucarest a fait savoir qu’une vérification interne était en cours et qu’elle coopérait pleinement avec les enquêteurs militaires en transmettant l’ensemble des éléments demandés. L’avocate spécialisée en droits humains Iustina Ionescu, qui assiste la plaignante, a rappelé que la reconnaissance des mobiles discriminatoires est primordiale pour restaurer la confiance des citoyens envers les autorités publiques. Selon une enquête publiée en 2024 par l’Agence des droits fondamentaux de l’UE (FRA), seuls 7 % des membres de la communauté LGBT en Roumanie victimes d’agressions physiques ou sexuelles portent plainte auprès de la police, 44 % de ceux qui s’abstiennent estimant que les forces de l’ordre n’interviendraient pas.

L’association ACCEPT est la principale organisation non gouvernementale roumaine œuvrant pour l’égalité des droits des personnes LGBTQ+ depuis sa fondation en 1996 à Bucarest. Elle a mené la bataille juridique ayant conduit en 2001 à l’abrogation de l’article 200 du Code pénal roumain, qui criminalisait l’homosexualité, et assure aujourd’hui un accompagnement juridique gratuit tout en plaidant devant les tribunaux roumains et européens.

Auparavant, Urania avait rendu compte de la session du Comité des Ministres du Conseil de l’Europe en septembre 2026 consacrée aux manquements de la Roumanie dans l’application des arrêts de la CEDH ; les ONG y avaient expressément mentionné l’agression de la touriste française à Bucarest comme illustration des lacunes dans le traitement des crimes de haine. Le journal avait également évoqué les recours juridiques entourant l’interdiction récurrente de la marche des fiertés dans la ville d’Oradea .

Contenus similaires

Dernières actualités

L'organisation chrétienne The Center for Faith invite les Églises traditionnelles à accueillir les fidèles LGBT L'ONG LGB International publie un recueil de témoignages pour la Journée de la visibilité bisexuelle En Italie, un évêque catholique engage le dialogue avec les organisateurs de la Gay Pride